Certes il est de bon ton quand on est troubadour De rendre un bel hommage à son premier amour Mais ne m'en veuillez pas troubadours et poètes Si je viens rendre hommage à ma première branlette Car mon premier amour ce fut bien celui-là Ce ne fut qu'une affaire entre ma main et moi Court instant de bonheur tout aussitôt déçu Par la peur d'avoir fait de la peine à Jésus
Faut dire qu'en ce temps là, je croyais aux canons De notre mère l'Église et de ses fils de cons Et tandis qu'en mes doigts s'éclatait mon zizi Je sentais sur ma tête crouler le Paradis Car j'étais partagé par deux avis contraires Faut-il que j'interrompe mon plaisir solitaire ? Faut-il que je passe outre à Dieu ? Mais Dieu merci J'avais atteint l'orgasme avant d'avoir choisi
Orgasme mémorable et oh ! combien planant Qui fait trembler les jambes et fait claquer des dents Une fois qu'on t'a goûté on ne peut jamais plus Observer tout à fait les slogans de Jésus Donc après la prière j'entrouvris ma braguette Évidemment ma mère entra dans la chambrette Voyant le crucifix et son fils en chaleur Elle me le confisqua en m'disant « Quelle horreur »
Le bon dieu te regarde me disaient tous les vieux Même à l'école laïque je sentais l'œil de Dieu Dans le regard du prof qui ne parlait jamais D'la seule activité qui nous intéressait Et comme aucun adulte n'y faisait allusion Je m'croyais seule victime de la masturbation Jusqu'au jour où mon frère, se branlant sous mes yeux Me dit « Ne t'en fait pas, t'es pas le seul on est deux »
Un instant rassuré, je demeurais inquiet En voyant que mon sexe grandissait, grandissait On ne dira jamais assez les longs tourments Qui planent dans l'esprit de nos adolescents Tandis qu'on évoquait la vaillance de Bayard Je tâtais mon pénis sous mon livre d'histoire Ce qui fait que la vie du chevalier sans trouille Sera toujours liée à l'histoire de mes couilles
Lorsque j'ai découvert que tout le monde faisait ça J'ai regardé tout le monde avec des yeux comme ça Dans les repas d'famille j'aurais voulu d'mander « Dis-moi tonton combien de fois t'es-tu pogné ? » Hélas l'hypocrisie m'avait gagné aussi J'ai donc fermé ma gueule et encore aujourd'hui J'aborde le probleme avec mille précautions Conscient de n'être libre que dans mes chansons